Argument ad personam

L’argument ad personam est le seul argument utilisé aujourd’hui en politique, par les politiciens et le peuple qui les élit. Il sous-tend tous les autres arguments, et c’est lui qui conduit l’élection du président.


Définition :

Argument rhétorique bien connu qui consiste à discréditer un adversaire à l’aide d’une attaque personnelle, ou en s’attaquant à ce qu’il est, ce qu’il a fait ou dit (argument ad hominem), et non pas aux arguments réels de cet adversaire. Puisque la personne est discréditée en elle-même, son intégrité est remise en question, et aucun de ses argument ne peut être entendu.


Exemple :

- Madame Le Pen, vous êtes raciste donc vous pouvez dire ce que vous voulez, ce sera faux.

- Monsieur Macron, vos arguments sont fallacieux puisque vous avez été banquier chez Rothschild. Vous êtes donc malhonnête, et par conséquent, l’ensemble de vos propos sont irrecevables.

- Monsieur Fillon, vous avez été l’objet d’une mise en examen, donc tout ce que vous pouvez dire sera faux.


Je prends ces exemples à dessein. Si les politiques abusent de l’argument ad personam, nous, le peuple, l’utilisons aussi de manière systématique. Pour un choix intelligent, pour des mesures efficaces et rationnelles, un système juste et équilibré, il faut passer au-dessus de cet argument. Critiquez Marine Le Pen, oui, mais sur ses arguments réels (si vous en trouvez), sur son programme, l’idéologie qu’elle porte. Critiquez Macron, oui, mais ses choix politiques, pas sa personne. Ne vous moquez pas du physique des politiciens : ils s’en frottent les mains ! car pendant ce temps vous ne vous penchez pas leurs décisions et leurs réformes. Ils connaissent très bien cet argument : ils savent se défendre et maîtriser leur image, c’est leur métier. Mais si on les attaque avec de vrais arguments, pensés, documentés, sur des faits, sur la fragilité de leur modèle économique, sur des erreurs ou des manques dans leur programme social, ils seront bien plus vulnérables, et le peuple sera bien plus puissant.


Par ailleurs, cela est vrai aussi pour les chercheurs et les penseurs. De Laurent Alexandre à Idriss Aberkane en passant par Michel Onfray, ceux qui les critiquent ne parlent que de leurs passés, leurs tendances politiques, leurs personnalités, leur biographie en fait, ce qu’ils sont en tant que personnes. Si un élément nous déplaît on va discréditer l’ensemble de leur propos et de leurs idées. Je dis que c’est idiot. Si une pomme a des pépins, est-ce pour autant qu’on ne la mange pas ? Tous les penseurs ont des pépins, il faut cependant manger ce qu’il y a à manger de chair dans la pomme. Évidemment, il est bon de savoir qui on a en face, cela peut éclairer certains raisonnements. Le cas Fillon nous a permis de nous rendre compte de sa malhonnêteté. Toujours est-il que le programme qu’il portait est encore valorisé par nombre de Français. Sa défaite à lui personnellement n’a pas tué ses idées, tout aussi malsaines. Ainsi nous n’avons pas avancé et son projet sera porté par un autre visage, jusqu’à ce qu’on s’attaque au fond.


Quand on juge un politique ou un chercheur qui propose quelque chose, ayons du sens critique et ne nous arrêtons pas à un élément. Ils ne sont pas censés devenir nos amis. Je me fiche de savoir que Laurent Alexandre est un libéral, certains de ses diagnostiques sont pertinents, certaines de ses idées sont bonnes à prendre. Bien sûr, il est plus facile de tout rejeter en bloc et de se conforter dans ses croyances préjugées que d’apprendre humblement, de réfléchir en assemblant les idées des uns et des autres pour construire des raisonnements cohérents. L’argument ad personam nous permet de nous couper de la réflexion. L’argument ad personam, c’est est la défaite de la pensée.