La Crise de l'idéalisme

Le lieu commun : « vous êtes un idéaliste, vous n’avez pas les pieds sur terre, vous êtes en dehors de la réalité »

L’idéalisme est fondamental quand on parle politique. Aujourd’hui, on appelle « idéaliste » quelqu’un qui a une vision de ce que la société devrait être, ce à quoi elle doit servir, ce vers quoi elle doit tendre. On appelle idéaliste quelqu’un qui a un discours profond sur notre système et veut le rénover, quelqu’un qui a un « idéal », justement. On confond idéaliste et utopiste. Si je dis qu’il faut une démocratie participative, avec des assemblées par secteur qui ont un pouvoir de décision, c’est idéaliste. Si je dis que tous les français doivent s’aimer comme des frères, ou qu’on doit éradiquer le système monétaire du globe, c’est utopiste. Faisons la différence.


Cela ne veut pas dire que l’idéalisme suffit à penser la politique, attention ! Évidemment, nous devons être pragmatique, avoir une réelle conscience de la réalité telle qu’elle est, de ce qui est possible dans l’immédiat et de ce qui ne l’est pas, gérer le présent sans se perdre dans une vision floue de l’avenir. Personne ne dit le contraire. Il n’y a pas d’un côté les idéalistes utopistes qui n’ont pas le sens des réalités, et de l’autre des pragmatiques sérieux et efficaces. On peut, et on doit, être idéaliste et pragmatique. Ce n’est pas facile, mais c’est le métier des politiciens. Si on regarde la droite aujourd’hui, elle se veut pragmatique, réaliste. Elle se construit cette image (même si en vérité elle ne l’est pas plus que la gauche). Toujours est-il qu’elle n’a plus d’idéal, plus de vision de ce que devrait être le monde, plus de grands projets pour la France. Ou peut-être un idéal de croissance infinie, un monde où tout le monde travaille et s’enrichit. Mais ce n’est pas un idéal de société. On espère que s’il y a de la croissance, si la droite fait tout ce qu’elle veut et atteint ses objectifs, les gens pourront vivre mieux par répercussion. Pour la droite, le bonheur des hommes est un avantage collatéral à la croissance du pays. L’humain n’est pas au centre du système, il gravite autour, son bien-être est une conséquence d’un système qui fonctionne, pas le but.


Je trouve que justement, notre société souffre du manque d’idéalisme. C’est logique, dès qu’on veut modifier le système, on crie à l’idéalisme et on ne prend pas les propositions au sérieux. Mais sans cela, on ne construit pas une société. Sans idéal, nous sommes les esclaves du présent, esclaves d’un état de fait. Sans idéalisme, nous serions encore en monarchie absolue. Rien ne changerait jamais. N’oublions pas que notre civilisation n’est pas éternelle : comme toutes les civilisations antérieures, elle s’éteindra, ce n’est pas un scoop. Les Romains pensaient sûrement comme nous qu’il était impossible de construire un système complètement nouveau, que le leur était voué à durer, solide. On sait comment cela s’est terminé. Peut-être pas de notre vivant, mais le capitalisme libéral va s’effondrer un jour et laisser place à une autre civilisation. L’Histoire nous le montre. Cela ne veut pas dire qu’il faille se vautrer dans le pessimisme, au contraire : soyons humbles et réfléchissons au monde de demain, qui sera forcément différent, car notre civilisation n’est pas si solide qu’on le croit.